vendredi 5 septembre 2014

Ce que nous devons au Congo



… Un article, au moins ! Plus un seul les derniers six mois de notre séjour à Kinshasa et pour cause : des « rappels à l’ordre » sur la liberté d’expression toute relative au Congo. Même mon amour de l’écriture et l’assiduité de nos nombreux lecteurs n’ont pas réussi à nous pousser à prendre des risques.

… Nos premières vacances avec d’autres familles. Ce qui peut sembler étrange à beaucoup : nous n’étions jamais partis en we ou vacances avec d’autres personnes. Notre première expérience du genre a eu lieu à Kisantu, fin décembre et début janvier dernier. Nous y étions avec une famille (4 enfants) et un couple et avons adoré ! Cela a été l’occasion de rencontrer vraiment des collègues que je croisais tous les jours, des voisins aussi. Que d’échanges, de fous-rires et de jeux partagés ! Nous avons tant aimé que nous avons renouvelé l’expérience lors d’un long we de janvier à Cadim. Du camping dans la nature, ce fut aussi l’occasion pour Adrien et Lucie de loger sous tente avec des amis (de 12 à 15 ans…) pour la première fois. C’est que nos ainés s’émancipent !
Ces deux séjours hors de Kinshasa ont eu lieu quand Dimitri bénéficiait encore de sa voiture de fonction. Nous avons donc pu prendre part à ces virées hors de la ville, en convoi comme il se doit. Ces deux séjours furent nos seules sorties de Kinshasa pour toute l’année, seules bouffées de verdure – avec les visites au sanctuaire des bonobos.

… Une année scolaire enrichissante et épanouissante pour Adrien et Lucie. Ils ont chacun eu des institutrices incroyablement motivées et passionnées par leur métier. Lucie s’est épanouie dans sa première année d’avance (elle quittait une première maternelle belge et est entrée en troisième maternelle à Kinshasa) et a terminé son année tout à fait prête pour entrer en première primaire. Et cela, en adulant d’un bout à l’autre sa Madame Aurélie ! Adrien a progressé en math et français, en écriture et calcul, en application et expression orale, le tout en s’amusant dans une bonne ambiance de classe! Merci à Madame Marie-Paule !

… Un « passeport » professionnel supplémentaire pour Dimitri et moi. Dimitri a changé de domaine : il a quitté le médical pour entrer dans la protection de l’environnement. Son contrat avec l’Observatoire des Forets d’Afrique Centrale se prolonge malgré notre départ de Kin ! Et lui ouvre d’autres horizons. Quant à moi, et grâce à notre conseillère pédagogique Delphine, j’ai tout appris du métier de Régente en math. Partie de zéro en septembre, il me reste des progrès à faire, mais cette expérience d’une année complète dans le degré inférieur fut un challenge stimulant et  est un atout considérable sur mon cv.

… des Amis !!!! Au cours de ces 10 mois, nous avons eu la chance de rencontrer des personnes extraordinaires. Qui citer en premier ? Nos voisins et amis qui nous accueillirent maintes fois, devinrent l’oncle et la tante d’adoption de nos enfants et sont maintenant en route pour un tour du monde. Ou alors ce couple de collègues qui ouvrirent leurs cœurs et leur famille à une petite orpheline congolaise (devenue la grande amie de Timothée !). Quelle chance incroyable pour cette enfant d’arriver dans une famille pleine d’amour, avec des parents qui ont d’incroyables valeurs (ainsi qu’un grand sens de la fête ;) ). Ou encore ce couple de voisins, couple « mixte » pour qui les galères de visas commencent mais peu importe, leur générosité et leur gentillesse sont leurs passeports pour conquérir les cœurs (en attendant de conquérir les tampons dans leurs passeports officiels). Et aussi ces collègues de math qui m’ont tant aidée. En me donnant leur travail, leurs ressources, les conseils acquis par leur expérience. Ou en me proposant une solution pour que Timothée ne soit pas isolé à la maison toute la journée, en organisant un playgroup du tonnerre!
Et d’autres encore….

C’est pour ces rencontres que nous pouvons dire : notre année au Congo fut intense et enrichissante. Nous n’avons pas creusé les mines pour nous emparer des trésors enfouis de ce pays. Nous avons fait des rencontres, et elles nous ont rendus immensément riches !

Si c’était à refaire ? Nous signons des deux mains, les yeux fermés ! Ceci dit, une année dans ce pays compliqué nous a suffit…

samedi 8 février 2014

Petit guide des soirées kinoises


Troisième tentative d’article sur le sujet… Entre-temps nous avons étoffé notre carnet de sorties et nos expériences ! Mais ce n’est qu’un début.

Pour se plonger immédiatement dans le bain des expatriés, tentez une première sortie au bar Kwilu. Même si vous y entrez plein de préjugés, vous y passerez un bon moment. Dans ce bar à ciel ouvert se fréquentent tous les expatriés de la ville : des employés des ong présentes au Congo, des employés d’ambassades de toutes sorte, d’anciens expatriés, de nouvelles recrues, des employés de l’onu, de l’Europe, de multinationales ou grandes entreprises locales,… et bien entendu, des enseignants de l’école belge ! Les expatriés sont autant européens, qu’américains, libanais ou indiens. Nombreux congolais présents également.  Tout le monde goûte au rhum Kwilu, spécialité locale qui se laisse boire facilement. La musique est plutôt internationale et l’ambiance « classique » : on se dandine d’un pied sur l’autre en rythme en souriant pour monter qu’on « s’éclate ». Toujours plein, risque de bousculades après 2h la nuit du vendredi.

Le Pot des Belges.
Devenu depuis peu un rendez-vous incontournable des belges mais aussi des français et autres européens. Le premier vendredi du mois dans la cour l’hôtel royal. On paye l’entrée et ensuite, tout est à volonté ! Les bonnes petites choses à manger (allant du croque-monsieur au toast au foie gras, en passant par les hamburgers et gaufres de Bruxelles), le vin, la bière et surtout, les cocktails au Kwilu. En fin de soirée, une tombola où on peut gagner des lots très diversifiés : un sac à dos Heineken, une valise supplémentaire (23kg gratuits !!!!) sur un vol Bruxelles-Kin, une nuit à l’hotel royal… et j’en passe. Excellent rendez-vous pour faire des rencontres professionnelles dans une ambiance décontractée ou pour démarrer une soirée très arrosée. La foule se disperse vers 23h en général, et se retrouve quelques mètres plus loin…

Le Sky
Après le pot des Belges, l’endroit où tout le monde poursuit la soirée. « Pour changer du Kwilu ». Petit nouveau de la scène nocturne kinoise, ce bar sur le toit d’un immeuble a ouvert ses portes il y a quelques semaines seulement. Immédiatement rempli, on est déjà serrés pour danser ! Ici les expatriés sont surtout belges. Avec des airs de rallye ou de bunker en fonction du point de vue, tout le monde lève les bras en criant « Les sirènes du port d’Alexandriiiiiiie !!! » comme au plat pays, puis tout le monde tente des mouvements plus locaux sur P-Square et finalement, tous hurlent en chœur « Papaoutai ». La vue sur le boulevard est belle et, étant en altitude au troisième étage, il y a de l’air.


Les soirées à Bilembo
Depuis début janvier, un vendredi par mois est consacré aux jeux de société à l’espace culturel Bilembo. L’intention des créateurs de ces soirées est de réunir les jeunes pour qu’ils se rencontrent dans une ambiance conviviale. Non, tout les jeunes ne pensent pas qu’à se saoûler dans des lieux peu fréquentables… ouf ! Ados et ados "attardés" (= grand groupe d’adultes qui assument très bien ce statut) se retrouvent pour de longues parties de Loup-Garou, Taboo, Times up, Catane,… Mais pour plus de détails, je repasserai : nous devons encore tester ces soirées ! Des soirées Quizz ou karaoké sont organisées également. Plus de détails dans le prochain numéro.

Les soirées privées
Du débat politique enflammé entre convives au karaoké hurlant, nous en avons testé un large panel qui satisfait à nos goûts éclectiques ! Soirées calmes entre amis qui se découvrent, soirées pleines d’ambiance où 25 personnes chantent à tue-tête tous les classiques des karaokés, soirées atypiques passées à refaire les relations politiques Congo-Rwanda, soirées « tour du monde » où, entre voyageurs, nous évoquons nos souvenirs, partageons nos expériences, programmons d'autres voyages, soirée "Voice/mitrailette" chez nos amis pour se sentir comme en Belgique … Les soirées privées sont aussi parfois, simplement, des soirées cinéma en famille, grâce au projecteur prêté par notre voisin Christophe. Un film ou dessin animé sur grand écran : pour le bonheur des enfants… et de leurs parents !

mardi 24 décembre 2013

lundi 9 décembre 2013

Ecole


 
 L'entrée du LPL
 La cour de récréation des maternelles
 Les classes de maternelle
 Les classes de primaire et secondaire
 Le bloc administratif
 Le préau
 La classe d'Ariane
 Un membre de l'école

 Taekwondo

 Gymnase et dernières classes





L’école




 Raison première de notre séjour au Congo, le Lycée Prince de Liège méritait bien un article rien que pour lui.
 Existant à Kinshasa depuis de très nombreuses années, l’école avait fermé ses portes suite aux pillages de 1991. Elle a rouvert dès que possible, peu après, mais les courageux enseignants, élèves et parents impliqués ont du déployer des tonnes d’énergie pour faire renaitre l’école de ses ruines. Avec le succès que nous connaissons aujourd’hui : une population scolaire de près de 900 élèves et 90 enseignants ! Auxquels on ajoute des employés administratifs, de nombreux travailleurs, un chauffeur, un préposé à la photocopie, … Toute une entreprise !
Le programme enseigné dans l’établissement est celui de la communauté française de Belgique. Les diplômes obtenus au Lycée sont homologués et reconnus en Belgique- et ailleurs.
Les élèves de l’école sont issus de familles aisées kinoises (le minerval est très élevé), de familles d’expatriés belges et d’autres. Les enfants de maternelles jouent et crient en courant dans la cour de récréation, les enfants de primaire jouent au « loup glacé », à l’élastique et au foot et se bagarrent parfois. Les élèves de secondaire trainent les pieds pour aller en classe,  se balancent sur leurs chaises, écoutent les derniers tubes et les garçons perdent leur pantalon pour suivre la mode. Quoi de plus semblable qu’une école belge à Kin et une école belge au pays ?

Et pourtant, les différences existent. Le rythme scolaire est incomparable : les enfants arrivent à l’école entre 6h30 et 7h, les cours commencent à 7h15 et se terminent à 12h45. 6h de cours avec seulement deux interruptions de 10 minutes. Pour les enfants de primaire et maternelle, c’est vraiment très dur ! Pas de « grande récré » pour se défouler et se détendre. En rentrant à la maison, vers 13h30, les enfants sont affamés et épuisés. L’après-midi est souvent consacré à la sieste et aux devoirs.

Un point du règlement sur lequel l’équipe éducative au grand complet se bat avec ardeur, c’est la ponctualité. Nous vous parlions sur ce blog, il y a quelques années, du « Fiji Time ». Nous connaissons aussi « l’Heure Africaine ». Mais quand il s’agit d’école, cela pose problème : les élèves ont systématiquement du retard. Ces 10 ou 15 minutes de retard quotidiennes deviennent 30 minutes à une heure par temps de pluie ! Il existe donc tout un dispositif soutenu par une échelle de sanction pour tenter –tenter- d’inculquer la ponctualité aux élèves. Mais même si ceux-ci étaient de bonne volonté, il faudrait encore enseigner cette notion aux chauffeurs… Ah oui, c’est une autre différence : les élèves arrivent à l’école et en repartent dans leur voiture avec leur chauffeur. Très peu de parents conduisent leurs enfants eux-mêmes. Les élèves de maternelle sont parfois accompagnés de leur nounou. Les ados ont une fâcheuse tendance à faire enrager leur chauffeur, préférant bavarder avec leurs amis sur le parking plutôt que de rejoindre leur voiture où leur chauffeur les attend depuis parfois longtemps –en plein soleil à midi. Les chauffeurs apportent leur repas aux élèves (pizzas, sandwichs, chawarmas et sucrés) sur le temps de midi. Les chauffeurs vont aussi « vite » à la maison reprendre la tenue de sport ou le classeur que l’élève distrait aura oublié. Dure vie pour ces hommes qui font des allers et retour dans une ville paralysée par les embouteillages à toute heure du jour. Embouteillages et ennuis avec les policiers du « roulage ».

Autre différence : les prénoms. Adrien nous a impressionnés avec une copine prénommée Choukrani. J’ai dû m’habituer à mes élèves aussi : Divine, Jenissi, Goretti, Adonaï, ,… Mais finalement, c’est Lucie qui détient la palme : nous nous étonnions qu’elle ait un ami prénommé Michel-Ange mais, quoi de plus banal quand il y a dans sa classe une Auréole, un Délice et un… Crinovic ?!?! Quand Dimitri et moi nous sommes exclamé « C’est vraiment son prénom ? » Lucie nous a regardé de travers… cela lui semble totalement banal !

Les excuses des élèves sont aussi un peu différentes. Après les « mon chauffeurs était en retard ce matin », il y a tout le répertoire visant à expliquer pourquoi les parents n’ont pas signé le contrôle ou le journal de classe. Entre « mes parents sont en Chine » ou à Dubaï ou en Belgique pour trois semaines (et hélas pour ces jeunes c’est souvent vrai),  et les « mon père rentre trop tard le soir, je ne le vois pas  et ma mère est en Belgique, elle aide mon frère à démarrer ses études », on ne sait plus quel élève croire ni quel élève est vraiment livré à lui-même. Quand les parents sont à l’étranger pour de longs séjours –ou au travail très très tard- les enfants et adolescents sont confiés aux chauffeurs et nounous. Ceux-ci n’ont aucune autorité sur les enfants et ne servent que de « gardiens », ce qui est insuffisant. Cela à l’air bête, mais ces petits enfants aisés vivent parfois des drames que personne ne reconnait.
Parlons d’une amie de Lucie qui n’a que 5 ans. Un papa belge âgé, une maman qui vit en Belgique (probablement), une belle-mère qui a à peine plus de 20 ans… et cette petite qui est chaque jour confiée au chauffeur et à la nounou. Lucie l’avait invitée à la maison pour jouer toute la matinée du samedi. Par sms, la belle-mère m’annonce qu’elle restera jusqu’au soir. (Bon, je n’ai rien à dire, je suppose…) Nous passons une bonne journée, tout ce qu’il y a de plus ordinaire : des enfants qui jouent, se bagarrent parfois, mangent des cookies maison, font la java au lieu de faire la sieste, réclament mille cadeaux au supermarché…  Lucie et son amie s’amusaient très bien, s’entendaient à merveille. Quand son chauffeur est venu la chercher, elle avait des larmes plein les yeux. Mais ce qui m’a fait mal, en tant que maman, c’est ce que l’institutrice m’a raconté le lundi : la petite a insisté pour pouvoir raconter son we en premier. Elle a passé 20 minutes à raconter chaque détail de son samedi chez nous, des étoiles plein les yeux, « surement mieux que si elle avait été à Disneyland » m’a dit l’institutrice. Pas étonnant, quand je suis venue chercher Lucie ce midi-là, que tous les enfants de la classe me sautent dessus en réclamant de venir chez nous toute une journée, eux aussi… Tous ces enfants en mal de famille « traditionnelle », en mal de parents présents et aimant surtout. Nous avons réalisé notre chance et notre richesse et avons pu illustrer nos propos à Adrien et Lucie : oui, vos amis ont une tv dans leur chambre, la dernière console de jeu à la mode, mangent des chips à la récré et vont en Belgique pour Noël. Mais vous, vous avez des parents qui s’occupent de vous !

Dans cet ordre d’idée, il y a souvent des enfants qui restent à l’école, tard, parce que ça n’arrangeait personne de venir les chercher plus tôt. Ceux-là sont souvent inscrits à toutes les activités parascolaires, mais une fois ces activités terminées, ils doivent attendre, seuls…

Encore une différence : les enseignants sont tous voisins. Voisins des élèves aussi. Finalement, on vit en communauté… Avec ce que ça a de bon et aussi de pesant.